Pour changer le monde, on fait comment ? Questions stratégiques

Il existe de nombreuses raisons de vouloir transformer radicalement les rapports sociaux entre les humains, ainsi que nos relations avec le vivant et les écosystèmes. Cette transformation doit répondre à deux exigences majeures : réparer les catastrophes écologiques et sociales, de plus en plus graves et fréquentes, et prévenir le basculement global du système Terre, aggravé par l’emballement climatique. Cela implique une rupture nette avec le productivisme et l’extractivisme, une décroissance globale différenciée entre les pays du Nord et ceux du Sud global, et une justice sociale pour redistribuer équitablement les ressources et les responsabilités.

Une boussole pour avancer : l’héritage des luttes passées et présentes

Nous ne partons pas de rien. Notre boussole stratégique nous est léguée par les mouvements sociaux actuels et passés, portés par celles et ceux qui ont lutté et réfléchi pour l’émancipation et la défense du vivant. Une nouvelle culture politique émerge depuis plusieurs décennies, révélée au tournant du siècle par le mouvement altermondialiste, puis confirmée par le cycle de luttes et de soulèvements populaires ouvert à partir de 2011, des printemps arabes aux mobilisations écologistes et féministes actuelles.

Cette nouvelle culture politique se distingue par :

  • Le refus de la délégation de pouvoir et des hiérarchies
  • Le rejet des dominations (genre, classe, race, validité, etc.) et des violences autoritaires.
  • Une aspiration profonde à l’auto-organisation, à la démocratie directe, à la délibération collective et à l’intersectionnalité des luttes.

Nos objectifs sont clairs :

  • L’égalité des droits entre les humains et la fin des dominations, discriminations et exploitations.
  • La protection et la régénération des écosystèmes.
  • L’auto-détermination des individus et des peuples, dans un cadre de justice sociale et écologique.

Des luttes qui tracent le chemin de l’alternative globale

Les multiples dynamiques sociales et politiques actuelles nous offrent des bases solides pour penser et construire une transformation radicale. Ces luttes constituent les briques d’un projet alternatif au capitalisme et éclairent également les stratégies nécessaires pour y parvenir.

  1. Le mouvement féministe et LGBTQIA+
    • Ces luttes montrent la voie pour en finir avec les rapports de genre marqués par la violence et le mépris. Le mouvement Me Too a été une formidable contestation des violences sexistes et sexuelles, remettant en cause des structures de domination à la racine : ce mouvement accélère le processus de révolution féministe mondiale.
    • Partout dans le monde – de l’Iran à la France – des femmes et des minorités de genre luttent pour vivre, aimer, travailler et s’habiller librement, inventant des pratiques intimes et politiques qui incarnent la liberté.
  2. Le mouvement syndical
    • Il défend le droit à un emploi décent, qui permette de vivre dignement, de se loger, et d’exercer un travail utile, compatible avec les exigences écologiques.
    • Il lutte pour préserver et renforcer les protections sociales, les droits et l’autonomie des travailleurs et travailleuses, et les services publics.
  3. Les mouvements écologistes et d’économie solidaire
    • Ces mouvements défendent le vivant en construisant des alternatives concrètes, comme les ZAD ou les initiatives paysannes. Ils inventent ici et maintenant de nouvelles façons de produire, de consommer et de vivre, en rupture avec le modèle capitaliste.
    • En s’opposant aux projets écocides, inutiles et imposés, ou à l’extractivisme, au consumérisme et au productivisme, ils défendent l’amélioration des conditions de vie et de santé des personnes concerné.es
  4. Les mouvements antiracistes et anticolonialistes
    • Ils luttent contre les structures et préjugés racistes, en particulier ceux véhiculés par l’État. Ils s’organisent avec les groupes racisés pour affirmer l’égalité et développer des solidarités concrètes.
    • Ces luttes remettent également en cause les fondements historiques de l’État-nation, marqué par son héritage colonial.
  5. Les mouvements antivalidistes
    • Ces luttes mettent en lumière la domination de la « norme valide » qui structure nos sociétés. Elles dénoncent l’exclusion sociale et économique des personnes en situation de handicap, souvent condamnées à vivre dans la précarité et la dépendance.
    • Elles nous invitent à repenser notre vision du handicap comme une question politique exigeant des transformations structurelles pour garantir l’autonomie et l’accès à l’espace public pour tou·tes.

Les défis stratégiques à relever

Si ces luttes montrent des chemins possibles, elles soulèvent également des questions stratégiques cruciales, que les partis de gauche traditionnels ont souvent échoué à traiter. Leur incapacité à répondre à ces défis explique, en grande partie, leur discrédit. Pour construire une force politique capable de transformer radicalement les rapports sociaux et écologiques, plusieurs questions fondamentales doivent être posées :

  1. Quel est le sujet de la transformation sociale et écologique ?
    • Si le prolétariat a historiquement été considéré comme le moteur de la révolution communiste, comment articuler aujourd’hui les multiples sujets de la transformation (femmes, classes populaires, peuples autochtones, jeunes, mouvements écologistes, etc.) dans une stratégie commune ?
  2. Que faire de l’État ?
    • Faut-il chercher à s’emparer de l’État pour le transformer, ou développer des structures autonomes et parallèles capables de s’y opposer et de le dépasser ?
  3. Comment concevoir la révolution aujourd’hui et repenser la notion de rupture révolutionnaire ?
    • S’agit-il d’un processus progressif ou d’un événement soudain ? Comment préparer les conditions de cette révolution, ses paliers et ses ruptures tout en répondant aux urgences actuelles ?
  4. Quels enjeux pour l’autodéfense et la violence ?
    • Face à la répression étatique et aux violences d’extrême droite, comment concevoir des stratégies d’autodéfense qui soient efficaces, tout en évitant l’escalade de la violence ou la militarisation des mouvements sociaux ?

Cela pose également une question transversale : comment articuler les échelles de la transformation ? Du local au global, en passant par le national et l’échelle européenne, comment penser une action cohérente et connectée à ces différents niveaux ?

Une force politique à construire

Répondre à ces questions suppose de dépasser les erreurs du passé. Une nouvelle force politique devra impérativement ne pas reproduire les logiques verticales et électoralistes des partis traditionnels. Elle doit s’appuyer sur :

  • Les dynamiques existantes, en valorisant les expériences des mouvements sociaux.
  • Des principes clairs, comme la démocratie directe, l’autogestion, et le refus des dominations.
  • Une capacité à fédérer les luttes, en articulant leurs revendications spécifiques dans une stratégie globale et cohérente.

Enfin, cette force politique doit être à la hauteur des enjeux de notre époque : répondre aux urgences sociales et écologiques tout en construisant une alternative radicale, émancipatrice et désirable pour toutes et tous.

Sujet politique
Quel rapport à l'Etat ?
Quelles articulations entre réformes et révolutions ?
Quel rapport à la violence ?